STOP !
Il y a un an déjà, j’exprimais dans une tribune mon vif mécontentement quant à l’élaboration d’une taxe sur les invitations faites par les entreprises à des prospects, clients ou prescripteurs, dans le cadre de la PLFSS2012 (projet de loi de financement de la Sécurité sociale, ndlr). Cela ne pouvait avoir qu’un impact négatif sur l’économie de ce secteur porteur qu’est la communication par l’événement. Un amendement avait supprimé cette taxe lorsqu’il s’agissait de réunions de formation notamment (congrès, séminaire). Ouf !
Un an après, « rebelote » ! En pire… Pourtant, nous avons un nouveau président de la République, un nouveau gouvernement et donc une nouvelle majorité et ensemble ils disent tout faire pour développer la compétitivité et la productivité de nos entreprises…
De quoi s’agit-il maintenant ? Une taxe est prévue dans la PLFSS2013 pour les entreprises pharmaceutiques ou de matériel qui voudraient inviter des médecins à des congrès ou réunions scientifiques. Rien de moins. Cette fois, on touche le fond ! Tout le secteur des congrès et assimilés est touché par cette vaste attaque en règle de plusieurs industries porteuses, rentables et qui emploient des centaines de milliers de personnes dans ce pays !
Mais et surtout, les congrès médicaux et scientifiques sont des moments de formation pour les médecins hospitaliers ou libéraux et permettent ainsi de former sur les nouvelles thérapies ou les nouvelles technologies et de sensibiliser une profession, les pouvoirs publiques et le monde en général sur des problèmes de santé publique.
Les congrès lèguent ainsi à notre communauté un héritage unique qui a permis par exemple en France le développement de « centres antidouleur » ou encore de développer des campagnes contre les arrêts cardiaques et l’installation dans les lieux publics, trains ou autres, de défibrillateurs.
A une époque où l’Etat est incapable de prendre en charge cette formation et où les médecins sont confrontés à des problèmes de temps de travail, de rémunération, de challenges psychologiques, ou de révolution technologique impactante pour leur métier, il est primordial et indispensable qu’ils puissent continuer à se former et à se tenir à jour des nouvelles avancées dans leur secteur. Ces congrès de formation médicale professionnelle continue sont à forte valeur ajoutée et sont cruciaux pour l’avenir de nos praticiens et médecins libéraux ou hospitaliers si nous voulons que la population soit bien soignée. Or le modèle économique de ces réunions s’est développé en France comme ailleurs, grâce à des partenariats conclus avec l’industrie qu’il s‘agisse des laboratoires pharmaceutiques ou des sociétés de matériel et dispositif médicaux.
Ce petit amendement, mal pensé, mal ficelé, entraînera ainsi des dégâts économiques considérables ; et disons-le une bonne fois pour toute : ce n’est pas parce qu’un médecin est « invité » par une société qu’il va promouvoir les produits de la dite société ! Car, sur le congrès, il va rencontrer toutes les autres sociétés ! Il va pouvoir se former, se forger une opinion. Et sans cette participation des sociétés pharmaceutiques ou de matériel, la formation médicale continue est… morte.
Cet amendement compromet ainsi fortement l’équilibre à court et long terme du financement de la formation médicale continue dans notre pays.
En plus de leur dimension de formation et d’échange, les congrès permettent aussi de développer les filières de recherche et sont les vitrines du savoir-faire des entreprises françaises qui attirent des professionnels de santé francophone ou du monde entier.
Enfin, et comme nous le savons, l’industrie des congrès et expositions représente un poids économique considérable : la France est le troisième pays au monde en terme de congrès et Paris la deuxième ou troisième ville mondiale. Les congrès scientifiques représentent près de la moitié de cette activité qui contribue très largement à l’essor économique de notre pays (revenus directs, indirects et induits). L’adoption définitive de ce texte pénaliserait la place de la France, et certainement plus encore l’Ile-de-France, par rapport aux autres places étrangères, qui déploient des politiques agressives pour attirer les congrès. Cette nouvelle taxe aura ainsi pour effet immédiat de faire perdre des parts de marché à la France...
Un petit amendement donc, qui, en quelques lignes, met à bas, une formation médicale continue indispensable, une industrie florissante des congrès et une industrie pharmaceutique indispensable à nos échanges économiques. Bravo ! Je n’avais encore jamais vu de tels dégâts en une fois. Bravo à nos gouvernants qui ne prennent pas la mesure de leur décision et veulent encore s’imposer dans le libre-échange économique.

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