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Philippe Fournier : "Halte à la taxation des congrès médicaux"

lundi 12 novembre 2012 par Philippe Fournier

Philippe Fournier, président de MCI France, réagit à la nouvelle taxation des congrès prévue dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2013 et a fait parvenir à la rédaction de Meet>In cette tribune que nous publions ici en intégralité.

STOP !

Il y a un an déjà, j’exprimais dans une tribune mon vif mécontentement quant à l’élaboration d’une taxe sur les invitations faites par les entreprises à des prospects, clients ou prescripteurs, dans le cadre de la PLFSS2012 (projet de loi de financement de la Sécurité sociale, ndlr). Cela ne pouvait avoir qu’un impact négatif sur l’économie de ce secteur porteur qu’est la communication par l’événement. Un amendement avait supprimé cette taxe lorsqu’il s’agissait de réunions de formation notamment (congrès, séminaire). Ouf !

Un an après, « rebelote » ! En pire… Pourtant, nous avons un nouveau président de la République, un nouveau gouvernement et donc une nouvelle majorité et ensemble ils disent tout faire pour développer la compétitivité et la productivité de nos entreprises…

De quoi s’agit-il maintenant ? Une taxe est prévue dans la PLFSS2013 pour les entreprises pharmaceutiques ou de matériel qui voudraient inviter des médecins à des congrès ou réunions scientifiques. Rien de moins. Cette fois, on touche le fond ! Tout le secteur des congrès et assimilés est touché par cette vaste attaque en règle de plusieurs industries porteuses, rentables et qui emploient des centaines de milliers de personnes dans ce pays !

Mais et surtout, les congrès médicaux et scientifiques sont des moments de formation pour les médecins hospitaliers ou libéraux et permettent ainsi de former sur les nouvelles thérapies ou les nouvelles technologies et de sensibiliser une profession, les pouvoirs publiques et le monde en général sur des problèmes de santé publique.

Les congrès lèguent ainsi à notre communauté un héritage unique qui a permis par exemple en France le développement de « centres antidouleur » ou encore de développer des campagnes contre les arrêts cardiaques et l’installation dans les lieux publics, trains ou autres, de défibrillateurs.

A une époque où l’Etat est incapable de prendre en charge cette formation et où les médecins sont confrontés à des problèmes de temps de travail, de rémunération, de challenges psychologiques, ou de révolution technologique impactante pour leur métier, il est primordial et indispensable qu’ils puissent continuer à se former et à se tenir à jour des nouvelles avancées dans leur secteur. Ces congrès de formation médicale professionnelle continue sont à forte valeur ajoutée et sont cruciaux pour l’avenir de nos praticiens et médecins libéraux ou hospitaliers si nous voulons que la population soit bien soignée. Or le modèle économique de ces réunions s’est développé en France comme ailleurs, grâce à des partenariats conclus avec l’industrie qu’il s‘agisse des laboratoires pharmaceutiques ou des sociétés de matériel et dispositif médicaux.

Ce petit amendement, mal pensé, mal ficelé, entraînera ainsi des dégâts économiques considérables ; et disons-le une bonne fois pour toute : ce n’est pas parce qu’un médecin est « invité » par une société qu’il va promouvoir les produits de la dite société ! Car, sur le congrès, il va rencontrer toutes les autres sociétés ! Il va pouvoir se former, se forger une opinion. Et sans cette participation des sociétés pharmaceutiques ou de matériel, la formation médicale continue est… morte.

Cet amendement compromet ainsi fortement l’équilibre à court et long terme du financement de la formation médicale continue dans notre pays.

En plus de leur dimension de formation et d’échange, les congrès permettent aussi de développer les filières de recherche et sont les vitrines du savoir-faire des entreprises françaises qui attirent des professionnels de santé francophone ou du monde entier.

Enfin, et comme nous le savons, l’industrie des congrès et expositions représente un poids économique considérable : la France est le troisième pays au monde en terme de congrès et Paris la deuxième ou troisième ville mondiale. Les congrès scientifiques représentent près de la moitié de cette activité qui contribue très largement à l’essor économique de notre pays (revenus directs, indirects et induits). L’adoption définitive de ce texte pénaliserait la place de la France, et certainement plus encore l’Ile-de-France, par rapport aux autres places étrangères, qui déploient des politiques agressives pour attirer les congrès. Cette nouvelle taxe aura ainsi pour effet immédiat de faire perdre des parts de marché à la France...

Un petit amendement donc, qui, en quelques lignes, met à bas, une formation médicale continue indispensable, une industrie florissante des congrès et une industrie pharmaceutique indispensable à nos échanges économiques. Bravo ! Je n’avais encore jamais vu de tels dégâts en une fois. Bravo à nos gouvernants qui ne prennent pas la mesure de leur décision et veulent encore s’imposer dans le libre-échange économique.

Philippe Fournier
MCI France
Président

Voir en ligne : www.mci-evenement-congres.com

2 réactions

  • 12 novembre, par Rita Ouaknine-Kalifa
    Notre agence gère essentiellement des congrès dans le secteur médical et j’ai été informée aussi par mes clients du projet de loi relatif à la taxation des congrès médicaux et également de projets de modifier les paramètres financiers dans le cadre de formation des médecins.
    Où allons-nous ? notre secteur est le premier touché par la crise financière, par les grèves, les intempéries, les catastrophes naturelles, etc. Notre savoir faire et nos marges sont cesses remises en question et par dessus tout, nous allons maintenant vers des réductions budgétaires sur les congrès probablement très importantes du fait de cette taxation sans parler des taxes sur les invitations clients, ce qui touche encore d’autres secteurs d’activités clients.
    Effectivement, je rejoins Monsieur Fournier dans son discours et en ma qualité de chef d’entreprise d’une petite structure, je suis très inquiète quant à son devenir et à celui de mes salariés.

    Répondre à ce message

    • Il y a quatre angles de vue possibles , au moins, à cette affaire :

      1. En tant que contribuable, je suis fatigué de constater que, si tout le monde est d’accord (et moi aussi) pour dire qu’il faut faire des efforts importants de contribution si on ne vent pas s’écraser dans le mur vers lequel on fonce, personne n’est jamais d’accord pour être concerné : c’est encore et toujours une excellente idée de faire mettre la main au porte monnaie à tout le monde ... sauf à celui qui s’exprime, et j’observe que c’est toujours avec de bonnes raisons : le soit-disant service du soit-disant intérêt général, la rengaine du chantage à l’emploi, et j’en passe, et des meilleures...

      2. En tant que neveu, frère, et père de professionnels de santé, j’observe que les nouvelles générations de médecins reçoivent de moins en moins les visiteurs médicaux dans leurs cabinets, et la première raison en est la perte de confiance grandissante (que je partage) envers le discours des fabricants de pilules. Ces mêmes nouvelles générations comprennent aussi ce qu’est le piège d’accepter des repas et des voyages ... déguisés en congrès, assortis de réunions de propagande ... déguisées en séance d’information ou de formation, et se laissent de toutes façons manipuler de moins en moins. Et comme les marchands de pilules le savent très bien, leurs hauts cris ne trompent plus que les naïfs et les gogos.

      3. En tant qu’hôtelier-restaurateur, il y bien longtemps que j’ai compris qu’il n’y avait presque aucun intérêt à participer à l’organisation des repas, réunions, et au autres congrès organisés par les labos "pour" les médecins : horaires trop contraignants pour le service (et donc trop coûteux en main d’oeuvre), retombées presque inexistantes (les médecins ne revenant que très exceptionnellement consommer à titre personnel sur le lieu où ils sont venus précédemment "travailler").
      M’étant toujours donné les moyens de choisir ma clientèle, j’ai donc toujours tout fait pour écarter les banquets des labos. ... qui, ils faut bien le dire, feignaient souvent de ne pas comprendre.

      4. En tant que patient potentiel, potentiellement consommateur de médicaments, je suis agacé par l’idée que tous ces frais de représentation, voyages, repas, etc... se retrouvent bien sûr dans le prix des dits-médicaments (ce qui augmente le coût de ma mutuelle, grève le budget de la Sécu et la conduit à être de moins en moins performante).
      Ce qui s’ajoute aux scandales successifs du noyautage de l’AFSAS, des élus, etc ... avec les effets dont les médias nous relatent les détails régulièrement.... dont le contribuable fait toujours les frais.

      En conclusion, j’ajouterai que les crises économiques ont souvent un bon côté malgré tout : celui de nettoyer le marché. Ma société ne souffre pas de la conjoncture actuelle, et elle se porte plutôt bien, merci. En revanche, j’ai pas mal de concurrents (et pas des meilleurs) qui mettent la clef sous la porte : comme un hiver plus rigoureux que les autres nettoie la nature de ses insectes parasites, les crises économiques nettoient le marché des mauvais professionnels ... qui parasitent le marché.
      Ce qui ne veut pas ire que je sois particulièrement heureux d’être plus taxé qu’avant, ni en tant que professionnel, ni en tant que particulier : mais j’assume avec satisfaction ma part d’effort communautaire., et je m’interdis donc de jouer les pleureuses.

      HB

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