27 novembre 2025

Temps de lecture : 4 min

“Nos lieux sont véritablement une extension de l’état d’esprit de l’agence La Lune Rousse, et les deux activités se nourrissent l’une l’autre” Laurent Dufay

Bientôt trentenaire, La Lune Rousse continue de faire évoluer son modèle, notamment avec la structuration d’une politique RSE certifiée ISO 20121. Laurent Dufay, directeur associé du groupe, revient pour nous sur cette transformation qui, de la culture interne au dialogue avec les prestataires, a profondément modifié la façon d’imaginer et de produire des événements.  

@studiofredh

Vous allez bientôt fêter les 30 ans de l’agence. Quel regard portez-vous sur son évolution ?

L’agence a beaucoup changé. Nous sommes passés d’une structure d’une vingtaine de personnes à un groupe beaucoup plus large, notamment grâce à l’intégration des lieux. Ces lieux, Ground Control puis Communale, ne sont pas des activités annexes. Ce sont des projets qui ont éclos en interne, nés de l’écosystème de La Lune Rousse et de notre manière de programmer et de créer des occasions de se réunir.

Produire des événements pour des publics très différents, créer des expériences mémorables est le cœur de notre métier. Les lieux prolongent exactement cette démarche. Ils accueillent d’autres communautés, dans d’autres quartiers, mais avec la même volonté de créer des moments qui comptent. Ils sont véritablement une extension de l’état d’esprit de notre agence, et les deux activités se nourrissent l’une l’autre. 

Par ailleurs, nous ne sommes pas un acteur uniquement luxe, ni uniquement corporate, ni uniquement culturel. Nous embrassons ces différents terrains, car nos clients peuvent être confrontés à des problématiques très variées. Notre rôle reste le même, à savoir nous préoccuper des publics que nous allons accueillir.

Comment la RSE s’est-elle imposée dans votre approche ?

Quand on parle de RSE chez nous, on parle d’abord de publics. Nos publics, ce sont aussi nos prestataires, nos partenaires, nos clients. C’est l’ensemble de l’écosystème avec lequel nous fabriquons un événement.

La mise en place de notre démarche a été un changement culturel majeur. Cela a été vécu en interne comme une aventure collective, car il fallait comprendre ce que signifiait réellement embrasser un sujet aussi vaste, et comment le porter.

Notre conviction, validée d’ailleurs par l’AFNOR, est que nous menons cette démarche de manière extrêmement sincère et authentique. Pas pour être “les plus éco-durables” mais pour être justes et cohérents. Cela prend davantage de temps, mais le résultat est plus profond et durable.

Quand et comment avez-vous lancé votre démarche RSE ?

La démarche est née immédiatement après le Covid. Nous nous sommes dit que quelque chose avait changé, que nous voulions rester une agence d’événements physiques mais que nous ne pouvions plus travailler comme avant. Nous avons donc lancé la démarche à ce moment-là et avons été certifiés ISO 20121 un an et demi plus tard.

Très vite, nous avons compris que cette transformation devait être culturelle. Ce qui a été incroyable et innovant, c’est d’avoir à se préoccuper de toutes les parties prenantes : prestataires, partenaires, clients, etc. Cela a changé en profondeur notre approche des événements.

Par ailleurs, nous avons mis en place une équipe tournante permettant à toute personne travaillant à La Lune Rousse (administratif, production, communication, projets, etc.) d’intégrer cette équipe pendant six mois. Grâce à cela, nous avons embarqué toutes les strates de l’agence. Au début, nous avons un peu patiné, mais une fois que tout le monde a collaboré, tout s’est enclenché. Aujourd’hui, nous avons des outils de contrôle, nous savons où nous en sommes, et comment transmettre nos process aux nouveaux collaborateurs, clients et prestataires.

L’agence a été certifiée ISO 20121 en premier, puis la démarche a été étendue à l’ensemble du groupe. Notre objectif est la certification globale, à savoir agence et  lieux, en 2026.

Comment vos clients appréhendent-ils les sujets RSE ?

Il y a de tout. Certaines marques sont très sensibles à la RSE, d’autres beaucoup moins. Nous le voyons très tôt dans un projet. Dès le démarrage, nous présentons notre démarche pour identifier si nous aurons une oreille attentive ou non. Cela permet de savoir si nous pourrons travailler sur la restauration, le réemploi, etc. Globalement, nous avons plutôt des clients à l’écoute, mais il arrive qu’entre un discours très “papier glacé” et la réalité terrain, l’engagement soit moins fort.

Proposez-vous le calcul d’empreinte carbone pour vos événements ?

Oui. Nous l’avons fait pour la première fois à la demande d’un client. Puis nous avons décidé d’en faire un réflexe systématique. L’année dernière, nous avons réalisé un bilan carbone sur plus de 80 % de nos événements. L’objectif est d’atteindre 100 %.

Quel est le principal frein à la réduction de l’empreinte carbone ?

Si vous avez l’oreille du client et que vous pouvez passer à 100 % végétarien, vous gagnez une grande part du bilan. Sur les transports, les mentalités ont beaucoup évolué et désormais le train s’impose assez facilement.

Le vrai sujet, c’est le travail que cela demande. Une démarche sincère nécessite du temps, de la rigueur, de la sensibilisation, et des ressources dédiées. On ne peut pas demander aux équipes d’absorber cela sans ajustement.

Avez-vous des projets en termes de nouveaux lieux ?

Nous sommes régulièrement sollicités pour étudier des projets, conseiller des collectivités ou des foncières, ou partager notre retour d’expérience.

Sur Ground Control, l’occupation temporaire a été prolongée jusqu’à fin 2026. En fonction de l’avancée des travaux immobiliers, cela pourrait aller au-delà. Communale fêtera bientôt ses deux ans. Le bilan est positif, et nous sommes au rendez-vous sur trois des quatre univers définis au départ. Le défi de l’année à venir est d’attirer davantage de public parisien, en dépassant la barrière psychologique du périphérique.

Sur l’événementiel privé, Communale performe très bien. La partie “privatisation” a atteint 1,2 million d’euros l’an dernier. Au global, le groupe a réalisé 29 millions d’euros en 2024, dont 14 millions via l’agence et 15 pour les lieux.

Comment voyez-vous l’évolution du marché événementiel ?

L’année 2024 était attendue comme difficile après les Jeux olympiques. Le contexte économique, géopolitique et politique a renforcé cette tension. Mais nous avons des signaux de redémarrage avec des dirigeants de grands groupes nommés à des postes clés, une stratégie plus lisible chez de grands opérateurs, et – si un budget est voté – un cadre économique plus stable.

Je demeure plutôt optimiste. L’événementiel a connu des phases successives avec, dans un premier temps, un secteur non structuré, puis une période de structuration et de professionnalisation à la fois chez les clients et les agences. Désormais, nous sommes dans une phase où nous découvrons des manières de faire différentes. Mais je suis intimement convaincu que, à partir du moment où l’on est toujours motivé à faire se rencontrer les gens, on ne pourra plus jamais perdre. Quelque soit les outils, la force de la digitalisation, le besoin de l’engagement physique perdurera. 

A lire également :

La Lune Rousse inaugure Communale : https://www.meet-in.fr/2024/02/la-lune-rousse-inaugure-communale-nouveau-lieu-festif-et-gourmand/

L’Event Profile de Laurent Dufay : https://www.meet-in.fr/2023/10/levent-profile-laurent-dufay-directeur-associe-de-la-lune-rousse-et-ground-control/

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