15 janvier 2026

Temps de lecture : 4 min

« Face à une désinformation toujours plus sophistiquée, nos médias réaffirment leur rôle essentiel de marqueurs de confiance »

Agnès Vahramian, directrice de franceinfo, et Corinne Mrejen, directrice générale pôle Partenaires & Chief Impact Officer du groupe Les Echos - Le Parisien, nous présentent la 8e édition de Médias en Seine et reviennent sur les nombreux enjeux sectoriels.

En 2025, Médias en Seine mettait l’accent sur les réponses collectives face aux mutations du secteur. Cette année, avec le thème « Nouveaux mondes, nouveaux pouvoirs », avez-vous le sentiment que le débat a changé de nature et qu’il est désormais davantage question de rapports de force que de simple adaptation ?

Corinne Mrejen : En 2025, l’adaptation était le maître-mot. Aujourd’hui, avec le thème « Nouveaux mondes, nouveaux pouvoirs », Médias en Seine va s’intéresser, faire dialoguer et réfléchir à une ère de pouvoir et de transformation.

La donne a changé. Fini la simple adaptation. Nous entrons dans une phase de redistribution des forces. Les plateformes, l’IA générative et les créateurs de contenus, ces « nouveaux acteurs », remettent en question les équilibres historiques du paysage médiatique.

Il est désormais crucial d’analyser les nouveaux rapports de force. Comment les médias peuvent-ils naviguer dans cette ère de changements profonds, préserver leur rôle démocratique et leurs valeurs fondamentales, tout en intégrant ces nouvelles dynamiques ?

Médias en Seine est un espace privilégié de la réflexion pour aborder ces enjeux. Un lieu essentiel pour débattre, comprendre les responsabilités et définir les stratégies collectives pour l’avenir des médias.

 La montée de l’illibéralisme est indéniable. En quoi ce contexte politique global impacte-t-il concrètement le rôle des médias et leurs choix éditoriaux, au-delà des discours de principe sur la liberté de la presse ?

Agnès Vahramian : Je le constate comme vous : la gouvernance, le financement et même la ligne éditoriale des médias publics sont devenus un enjeu dans le débat politique et cela se conjugue avec plus de défiance envers la presse. Dans ce contexte, nous devons sans cesse renouveler le « contrat » qui nous lie avec le public et rappeler que la production d’information ne peut pas se passer de journalistes.

A franceinfo, nous sommes guidés par une charte, une éthique et des valeurs exigeantes, garantes de la qualité et de la rigueur de l’information produite. Nous devons aussi faire preuve d’une plus grande transparence et de pédagogie sur nos choix dans le traitement de l’information. Attention, les médias d’opinion ont toujours existé, ce n’est pas le problème. Chacun a droit de proposer une hiérarchie différente des faits. La question, c’est le respect des faits et le pluralisme des opinions sur notre antenne.  

L’intelligence artificielle traverse désormais l’ensemble de la chaîne de valeur des médias. À quel moment avez-vous considéré qu’elle devait être abordée non plus seulement comme un outil d’innovation, mais comme un enjeu de pouvoir, de légitimité et de souveraineté informationnelle ?

Corinne Mrejen :  Avec l’IA, on doit passer de l’outil à l’enjeu. L’intelligence artificielle est omniprésente, dans nos vies privées comme professionnelles, touchant tous les métiers et devenant un langage commun. Elle offre des opportunités considérables pour simplifier nos processus de curation, d’analyse de données ou de recherche documentaire.

Comme le dit Pierre Louette, « l’IA ne remplace pas l’humain, c’est un exhausteur d’intelligence ». L’ignorer serait une erreur ; la maîtriser, un atout.

Notre groupe investit massivement et dialogue activement avec les plateformes majeures.

Cependant, lorsque l’IA dépasse le champ de la simple innovation technologique pour intervenir, par ses algorithmes, dans la hiérarchisation et la diffusion de l’information, elle devient un enjeu politique majeur. Médias en Seine l’aborde sous l’angle de la souveraineté et de la véracité informationnelle.

La question n’est plus « que faire avec l’IA ? », mais bien « qui décide, selon quelles règles et au service de quels intérêts ? ». Face à une désinformation toujours plus sophistiquée, nos médias réaffirment leur rôle essentiel de marqueurs de confiance.

Agnès Vahramian :  L’IA est la grande révolution technologique en cours, et son usage nous permet de rester à la pointe. Optimisation du temps, outil d’aide à la vérification et à la lutte contre la désinformation… C’est un usage très encadré grâce à l’adoption d’une charte interne très précise. Ainsi tout usage de l’IA est au service de l’efficacité de nos missions, respecte nos valeurs de service public et est toujours soumis à une supervision et validation humaine. Et plus largement, Radio France s’engage à promouvoir cette éthique dans le secteur des médias. Notamment en veillant à la reconnaissance des droits des créateurs de contenus journalistiques, créatifs et culturels, ou encore en collaborant avec les acteurs français et européens, dans un objectif de souveraineté et de réduction des dépendances aux géants du numérique.  

Le rapport entre information et divertissement occupe une place croissante dans les usages, notamment sous l’influence des plateformes et des créateurs de contenus. Où placez-vous aujourd’hui la frontière entre ces deux registres, et en quoi cette hybridation rebat-elle les responsabilités éditoriales des médias ?

Agnès Vahramian : Dans ce contexte d’une frontière plus floue entre information et divertissement, notre pratique journalistique reprend de la valeur car elle est porteuse de fiabilité. D’autant, que nous sommes soumis au respect des règles de pluralisme contrairement aux créateurs de contenus. N’opposons pas les deux. Le public est submergé de contenus, c’est un fait et nous actons que nous devons nous aussi son « attention » désormais monétisée sur les réseaux. Cela interroge bien sur la façon dont nous racontons l’actualité sur la forme : nous devons être attractifs (et non pas divertissant !), capter l’intérêt et aussi se singulariser : franceinfo est une radio de terrain, de direct, nous sommes les « témoins » de l’actualité avant d’en être les « commentateurs ». Sortir des studios pour informer et que chacun se fasse librement son opinion. Voilà la force de notre proposition dans ce nouveau monde.

Enfin, à l’heure où les médias sont à la fois contestés, concurrencés et sommés de se réinventer, quel rôle spécifique un festival comme Médias en Seine peut-il encore jouer dans le débat public ?

Corinne Mrejen : La 7ème édition en 2025 a rassemblé plus de 6 500 participants, en présentiel et en numérique, un record qui témoigne d’un succès quantitatif et d’un besoin manifeste de dialogue et de perspective. Cette fidélité et cette réussite confirment que Médias en Seine s’est imposée comme le principal espace de réflexion collective pour façonner l’avenir des médias. Sa singularité réside dans sa capacité à faire dialoguer des univers rarement interconnectés : dirigeants de grands groupes, journalistes, experts internationaux, producteurs de contenus, influenceurs, philosophes… Cette diversité de regards est essentielle pour enrichir le débat. Enfin, Médias en Seine assure un rôle de transmission, notamment auprès des jeunes générations, en démontrant que l’innovation peut s’allier à l’exigence éditoriale, à l’éthique et à la responsabilité.

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