10 septembre 2026

Temps de lecture : 5 min

« ChatGPT peut vous donner les dernières innovations du retail. Notre salon permet de les expérimenter » – Annabelle Serres, NRF Retail’s Big Show Europe (Comexposium)

A une semaine de l’ouverture de la seconde édition de NRF Retail’s Big Show Europe à Paris, Annabelle Serres, sa directrice, revient sur la construction de la déclinaison européenne du grand rendez-vous américain du retail. Formats hors les murs, expérimentation des innovations, communautés internationales et rencontres business constituent les principaux leviers d’un salon qui peaufine encore son modèle européen.

NRF Retail’s Big Show est une institution à New York. C’est le « Davos » du retail. Pour sa déclinaison européenne, avez-vous cherché à reproduire le modèle américain ou à construire un événement spécifiquement européen ?

Nous sommes dans un entre-deux. Nous reprenons les grands marqueurs de NRF que l’on retrouve à New York, à Singapour et désormais en Europe. C’est le cas de l’Innovators Showcase, du Startup Hub, du Vision Theater ou encore des Exhibitors Big Ideas. Mais nous adaptons ces formats au marché européen.

Il faut surtout préciser que NRF Retail’s Big Show Europe n’est pas une franchise. L’événement est détenu à 50 % par Comexposium et à 50 % par la National Retail Federation. Nous le pensons et le construisons conjointement.

Pourquoi Paris s’est-il imposé pour accueillir l’édition européenne ?

Paris dispose évidemment d’une forte attractivité internationale, mais la France représente aussi un bassin de retailers particulièrement important. Nous avons de très grandes entreprises dans le luxe avec LVMH ou Kering, mais également dans la grande distribution avec Carrefour, Auchan, etc. La France est très représentative de la puissance du retail européen. Pour la NRF, Paris était donc une destination assez naturelle pour installer son rendez-vous européen.

Comexposium dispose déjà d’un portefeuille important d’événements consacrés au retail, notamment les rendez-vous One to One de Monaco et Biarritz. Comment NRF Europe trouve-t-il sa place au sein de cette verticale ?

Les positionnements et les formats sont très différents. One to One Retail E-Commerce Monaco est centré sur l’e-commerce et repose avant tout sur des rendez-vous d’affaires, un modèle qui prévaut également sur One to One Expérience Client Biarritz. NRF Europe couvre plus largement les technologies du retail, avec une dimension importante consacrée au point de vente.

Le modèle événementiel n’est pas non plus le même. NRF est un salon avec une forte composante de contenus, plusieurs espaces de conférences et des accès payants à certains programmes. Les One to One fonctionnent davantage sur l’invitation et les rendez-vous qualifiés. Ce sont donc des propositions complémentaires plutôt que concurrentes.

Le thème de cette édition, « The Next Now », semble prendre ses distances avec l’éternelle promesse du « commerce du futur ». Cherchez-vous d’abord à montrer aux retailers des transformations immédiatement applicables ?

Nous voulons que les visiteurs repartent avec des choses concrètes à mettre en œuvre. L’accélération de l’IA et des transformations technologiques oblige les retailers à connaître les possibilités qui existent déjà et à anticiper ce qui arrive. « The Next Now », c’est donc à la fois le présent et la prospective. Il faut être au rendez-vous aujourd’hui pour être prêt pour ce qui vient ensuite.

Selon vous, un grand salon professionnel peut-il encore se construire autour d’une succession de stands et de conférences ?

Non, il faut multiplier les manières d’accéder au contenu et à l’innovation. Nous proposons trois grands formats de conférences, mais également des Expo Tours, qui permettent de découvrir les innovations présentes sur le salon, et des Store Tours, qui font sortir les visiteurs de la Porte de Versailles pour confronter ce qu’ils entendent sur le salon à la réalité du commerce.

Nous avons également un hall très orienté vers l’innovation, avec l’Innovators Showcase, le Startup Hub et notre partenariat avec House of Innovation. L’idée est de permettre plusieurs niveaux de découverte et d’expérience.

Ces Store Tours font de Paris une extension du salon. Est-ce une dimension hors les murs que vous souhaitez développer ?

Oui, parce que NRF Europe accueille un public très international. Quand ces visiteurs viennent à Paris, ils ont aussi envie de vivre l’expérience de la capitale. Nous n’en sommes qu’à la deuxième édition et ces dispositifs doivent encore s’installer, mais nous souhaitons aller plus loin dans cette direction.

Les Store Tours sont construits avec des consultants spécialisés qui sélectionnent les magasins qui méritent réellement le détour. L’objectif n’est pas de nouer des partenariats commerciaux avec les enseignes mais d’effectuer une véritable curation autour d’une question centrale, celle de l’évolution du magasin et de ce qu’il doit proposer demain.

Plus largement, le programme du salon est construit avec un advisory board composé d’une vingtaine de personnalités issues du retail européen et de partenaires institutionnels, ainsi qu’avec la NRF.

NRF Europe accueille cette année Retail Stories, un format éditorial porté par INfluencia et Minted. Quelle place souhaitez-vous donner aux médias et aux partenaires dans la construction des contenus du salon ?

Les médias ont une vraie place sur l’événement, notamment comme médiateurs et animateurs de conférences. Nous accueillons également des initiatives et des prix sur le salon. En revanche, nous tenons à préserver la distinction entre le programme éditorial de NRF et le travail éditorial propre aux médias.

Le programme de conférences de NRF est construit avec notre advisory board et avec la National Retail Federation. Les médias conservent de leur côté leur liberté et leur propre espace éditorial.

Vous avez travaillé pour de nombreux salons et participé notamment au lancement de Taste of Paris. Qu’est-ce qui, selon vous, a le plus changé dans les attentes des visiteurs depuis le Covid ?

Le Covid a profondément changé notre rapport aux événements. Avant la pandémie, nous constations une certaine lassitude. Après le Covid, les salons sont repartis parce que le besoin de se rencontrer physiquement est réapparu très fortement.

C’est aussi ce que j’aime dans le retail. Nous sommes dans un secteur très humain. On retient davantage une personne lorsqu’on l’a rencontrée, qu’on a échangé avec elle, partagé un verre ou simplement une poignée de main. Teams est très pratique une fois que la relation existe, mais la rencontre physique reste essentielle pour la créer. C’est particulièrement vrai lorsque les échanges portent sur des investissements technologiques importants. On peut difficilement faire du gros business sans s’être rencontrés physiquement.

Cette nécessité de se déplacer physiquement est-elle encore plus difficile à défendre au moment où l’IA donne accès instantanément à énormément d’informations ?

Justement. Vous pouvez demander à ChatGPT quelles sont les dernières innovations du retail et obtenir immédiatement une réponse. Mais vous ne pourrez pas les expérimenter. Sur un salon, quelqu’un peut vous montrer une technologie, vous expliquer ce qu’elle peut réellement apporter à votre entreprise, les prérequis nécessaires ou la manière dont vos données doivent être organisées pour pouvoir l’utiliser. C’est pour moi l’une des grandes différences entre le digital et l’événementiel. Il existe une capacité à transmettre et à faire comprendre certaines choses qui passe par l’expérience physique.

Le magasin cherche lui aussi à recréer de l’expérience et des communautés pour donner envie aux consommateurs de revenir. Voyez-vous un parallèle avec le salon ?

Oui, notamment autour de cette notion de communauté. La force de la marque NRF est aujourd’hui d’être présente sur plusieurs continents. À Singapour, j’ai vu des participants qui s’étaient rencontrés à New York se donner rendez-vous quelques mois plus tard en Europe.

Il se crée progressivement une communauté internationale qui circule d’un événement NRF à l’autre. C’est une dimension très particulière de ce rendez-vous que nous souhaitons développer.

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