26 février 2026

Temps de lecture : 1 min

« Une image créée en 27 secondes, ce n’est pas une scénographie »

Comment les pros de l'événementiel utilisent-ils l'IA, épisode 2. Scénographe, production designer et maître d’ouvrage, Vincent Rautureau observe l’IA avec un mélange d’intérêt et de vigilance. L’outil accélère certains process, mais reste selon lui incompatible avec l’exigence technique de la scénographie.

Depuis quand utilisez-vous l’IA dans votre travail ?

Depuis que les outils se sont démocratisés, mais avec beaucoup de prudence. On prévient nos clients car l’IA produit des images fulgurantes, mais son analyse technique est très faible. Pour une intention ou un premier jet, cela peut suffire. Pour un projet réel, aucune IA ne maîtrise encore les contraintes d’étude, de charges, de volumes ou encore de montage !

Vous refusez donc d’utiliser l’IA pour vos images ?

En effet. Une IA peut générer une image en quelques secondes, mais elle ne garantit pas la faisabilité. Nous restons attachés à des visuels que nous pouvons défendre techniquement et construire. Les rendus IA sont parfois séduisants, mais rarement réalistes. Et notre métier repose sur ce réalisme-là.

Vous l’utilisez néanmoins à d’autres étapes ?

Oui beaucoup, mais comme un collaborateur administratif. Je m’appuie sur l’IA pour synthétiser des cahiers des charges, analyser des documents épais, relire des contrats ou traduire rapidement des études complètes. Sur les marchés publics, où la documentation est lourde, c’est un vrai gain de temps. Nous l’utilisons aussi pour générer des petites vidéos à partir de vues fixes déjà produites, ce qui permet d’illustrer une intention plus rapidement qu’en réalisant nous-mêmes un montage complet.

Les appels d’offres évoluent-ils à cause de l’IA ?

Très clairement. On voit passer des dossiers avec des images IA en première intention. Cela modifie les règles du jeu et les délais, déjà serrés, se contractent encore. C’est perturbant, car ces rendus sont beaux mais rarement exploitables. Nous avons perdu une partie des honoraires en phase d’appel d’offres, car l’IA permet de fournir plus vite des images qui, pourtant, ne tiendraient pas debout dans le réel. Nous refusons d’entrer dans cette logique car une scénographie n’est pas un geste esthétique, c’est un projet qui doit s’ériger et répondre à une valeur d’usage.

Pour vous, l’IA reste donc un outil fonctionnel ?

Exactement. L’IA est un assistant qui aide à lire, analyser ou traduire plus vite. Mais ce n’est pas un créatif, et encore moins un scénographe. La création implique une intuition, une vision et une maîtrise du terrain que l’IA ne possède pas. Elle peut accompagner notre travail, pas s’y substituer.

Une interview publiée dans le Trend Book Meeting + Event 2026 à retrouver en format digital : https://www.meet-in.fr/revue/trend-book-2026-nouveaux-usages-nouveaux-formats-nouveaux-defis/

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