9 avril 2026

Temps de lecture : 6 min

Budgets serrés, production internalisée, délais courts : pourquoi Black Lemon lance The Blender

Pour répondre à des briefs plus rapides et plus cadrés, Black Lemon fait évoluer son modèle avec une nouvelle offre. The Blender propose un accès immédiat à la création, comme nous l'explique Marine Lefort, la directrice générale de l'agence.

Vous venez de lancer une nouvelle offre baptisée The Blender. Dans quel contexte s’inscrit-elle ?

Le marché de l’événementiel a changé. Les marques, notamment dans le luxe et plus encore dans la beauté, se sont beaucoup transformées dans leur manière de travailler. Elles ont internalisé certaines expertises, recruté des profils événementiels, renforcé leurs équipes marketing et, dans beaucoup de cas, repris en direct une partie des postes de production.

En parallèle, les décisions se prennent plus vite, les délais se raccourcissent et les budgets sont regardés de beaucoup plus près. Les clients veulent une lisibilité immédiate, à la fois sur le coût et sur l’ambition créative. Or les agences, historiquement, ont souvent été construites sur un modèle plus lourd, très lié à la production et au temps passé. Nous nous sommes donc demandé comment continuer à répondre à ces nouveaux usages sans renoncer à ce qui fait notre valeur.

Quel est précisément le constat que vous faites sur vos marchés ?

Nous travaillons principalement dans le luxe, avec beaucoup de clients dans les vins et spiritueux, les cosmétiques ou encore les parfums. En ce moment, il y a une vraie accélération dans la beauté, avec l’arrivée de nombreuses marques venues de Corée ou des États-Unis. Elles arrivent avec des timings très courts, parfois quatre à six semaines, et avec des enveloppes budgétaires plus serrées que les grands groupes historiques.

Plus largement, 2025 a été une année prudente. Il y a évidemment eu un effet post-JO, mais aussi une vraie frilosité budgétaire liée au contexte international. Pour 2026, nous sentons un redémarrage, mais un redémarrage prudent. Les marques reviennent, les besoins sont là, mais avec une exigence plus forte de transparence, de rapidité et d’efficacité.

Le paradoxe, c’est qu’il n’y a pas moins d’événements. Il y a toujours autant de besoins d’activation. En revanche, les formats deviennent plus petits, plus ciblés, plus fréquents parfois, et surtout plus internalisés dans leur exécution.

Vous dites que les marques internalisent, mais qu’elles ont toujours besoin des agences. Sur quelle(s) expertise(s) précisément ?

Sur la création. C’est là que se joue encore notre valeur. Une marque peut reprendre la production en direct, gérer certains prestataires, piloter un budget plus serré, faire appel à des freelances en renfort. En revanche, elle a toujours besoin d’une idée forte, d’un territoire, d’une narration, d’une direction artistique, d’un cadre stratégique.

C’est vraiment ce que nous observons. Les clients n’ont pas renoncé à la créativité, au contraire. Ils en ont toujours besoin, mais ils cherchent un accès plus simple, plus rapide, plus cadré. En réalité, le marché ne manque pas de désir créatif. Il manquait peut-être une porte d’entrée plus accessible.

C’est ce vide que The Blender entend combler ?

Exactement. The Blender, c’est une nouvelle porte d’entrée vers la création. L’idée est de proposer une offre structurée, immédiate, activable, avec un prix fixe et un périmètre clair. Nous avons conçu cinq formules créatives progressives, accessibles à partir de 3 000 € hors taxes.

Selon la formule choisie, le client peut venir chercher un diagnostic stratégique, un territoire créatif, une direction artistique, une narration, une big idea, une identité visuelle complète, des projections 3D, un sourcing de lieux avec budget détaillé, une stratégie social media, un audit de communication ou encore une plateforme de marque plus étendue.

L’objectif est très simple. Permettre à une marque ou à une direction communication d’accéder tout de suite à notre savoir-faire créatif, sans devoir lancer d’emblée une mécanique de production lourde.

Nous sommes donc sur une offre de conseil créatif plus que sur une offre de production ?

Oui, même si je dirais plutôt qu’on rend visible quelque chose que nous faisions déjà. Dans l’événementiel, on voit très bien la logistique, la technique, la restauration, le terrain. Tout l’amont, lui, reste souvent invisible. Or c’est un travail considérable.

Avec The Blender, on met en lumière cette partie-là du métier. On la cadre, on la formalise et on la rend lisible. Cela permet aussi de sortir d’un modèle où l’agence n’est jugée qu’à travers sa capacité à produire, alors qu’elle est aussi là pour penser, raconter, orienter.

Cette offre est-elle aussi une réponse à l’épuisement du modèle d’appel d’offres classique ?

Oui, en partie. L’appel d’offres classique reste évidemment pertinent dans beaucoup de cas, notamment sur les gros projets. Mais il n’est pas toujours adapté à la réalité d’aujourd’hui. Parfois, un client sort d’un comité de direction le lundi matin et doit revenir avec une recommandation sous 48 heures. Il n’a pas le temps de consulter trois ou quatre agences, ni d’attendre trois semaines.

Dans ces moments-là, il a besoin d’un partenaire capable de lui proposer rapidement un cadre, une idée, une direction. C’est exactement là que The Blender prend son sens. Ce n’est pas un compromis, mais un levier.

Vous insistez sur l’idée d’un “modèle élargi, pas allégé”. Pourquoi cette précision ?

Parce qu’il ne s’agit absolument pas pour nous de renoncer aux appels d’offres classiques, ni aux projets d’envergure. Black Lemon continue évidemment à faire des dispositifs complets, des productions ambitieuses, des déploiements importants.

The Blender ne remplace rien. Il enrichit notre modèle. Il nous permet d’intervenir plus tôt, plus vite, plus en souplesse. Et parfois, bien sûr, cette première porte d’entrée peut déboucher ensuite sur une production plus large. Mais ce n’est pas la seule finalité. L’enjeu est d’abord de répondre plus justement aux contraintes économiques et organisationnelles actuelles.

Cette nouvelle offre peut-elle aussi vous permettre de toucher de nouveaux clients ?

Oui, très clairement. Black Lemon est beaucoup associée à un certain type d’événements et à certains univers. Cela peut parfois impressionner ou décourager certains annonceurs qui se disent spontanément que nous ne sommes pas pour eux ou que nous serons forcément trop chers.

Avec une offre comme The Blender, on veut casser cette image. Un client peut se dire qu’il peut venir chercher une recommandation créative, tester notre regard, se faire accompagner sur l’idée, sans engager tout de suite un budget de production important. Cela rouvre le champ des possibles, y compris vers d’autres secteurs.

Vous affichez l’usage de l’IA dans cette offre. Pourquoi l’assumer aussi frontalement ?

Parce que c’est la réalité, et qu’il n’y a aucune raison de faire semblant ! L’IA fait désormais partie de nos outils. Mais elle reste un outil. Elle nous aide à gagner du temps, à explorer davantage, à accélérer certaines phases. Elle ne remplace ni la stratégie, ni l’intuition, ni la culture de marque, ni le regard créatif.

Chez nous, elle est pilotée par des créatifs, des stratèges, des directeurs de création. Elle intervient comme un accélérateur, pas comme un cerveau autonome. Et je pense qu’il est plus sain de le dire clairement plutôt que de laisser croire que tout sortirait d’une inspiration purement artisanale déconnectée des outils d’aujourd’hui.

Quelles sont vos attentes vis-à-vis de The Blender dans les prochains mois ?

Nous restons assez modestes dans nos objectifs. Ce n’est pas une offre lancée dans l’urgence ou dans un contexte de crise. Au contraire, 2026 démarre bien pour nous. Cela nous permet de prendre le temps de bien installer cette offre.

À court terme, nous aimerions obtenir une dizaine d’appels entrants d’ici à l’été. L’idée est d’observer comment le marché réagit, de voir si cela attire de nouveaux clients, mais aussi si cela réactive des clients devenus plus prudents ou plus internalisés.

Malgré les tensions budgétaires, avez-vous le sentiment que l’événementiel gagne du terrain dans le mix marketing des marques ?

Oui, clairement. J’en suis convaincue. L’événement devient un média de plus en plus stratégique. Les marques cherchent aujourd’hui de l’authenticité, de la présence, de la connexion émotionnelle. Dans un univers saturé de messages, la rencontre reprend de la valeur.

On le voit avec le retour en magasin, l’essor de l’hospitality, les pop-up, les pop-in, tous les formats qui recréent du contact. En revanche, cette montée en puissance ne signifie pas forcément plus de très gros événements. On va probablement vers des formats plus petits, plus réguliers, plus ciblés, plus authentiques.

Et c’est justement pour cela que The Blender arrive maintenant. Parce que les marques auront toujours besoin d’idées fortes, mais pas forcément toujours d’une machine de production lourde derrière.

Dans ce contexte, comment se déroule l’année 2026 pour Black Lemon ?

Plutôt bien. Nous avons un mois de mai et un mois de juin très remplis, avec notamment le Dîner de la mode du Sidaction, plusieurs voyages avec une belle marque de cosmétique, une activation à Londres pour Drink More Water de Pernod Ricard, des lancements dans la beauté, plusieurs projets autour de la Fête de la musique et de nouveaux briefs, notamment pour les Cannes Lions.

Ce qui nous réjouit surtout, c’est la diversité des sujets et l’arrivée de nouveaux clients. Cela confirme qu’il y a toujours beaucoup d’envie, beaucoup de désir d’événement, à condition de savoir y répondre avec des formats plus souples, plus lisibles et plus justes.

Plus d’infos sur : https://blender.blacklemon.net/

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