25 juin 2026

Temps de lecture : 3 min

« Le séminaire ABBY met les dirigeants face à l’écart qui les sépare des limites planétaires » Fabrice Bonnifet

Ancien directeur Développement durable et Qualité de Bouygues, président du C3D et de GenAct, figure reconnue de la transformation durable des entreprises, Fabrice Bonnifet déploie aujourd'hui ABBY, une expérience de séminaire destinée aux comités de direction. Organisé notamment en partenariat avec Chateauform, ce dispositif immersif de deux jours aide les dirigeants à évaluer la compatibilité de leur modèle économique avec les limites planétaires et à construire une feuille de route de transformation. Du concret et de l'action pour un homme de conviction qui désespère quelque peu du contexte actuel.

Depuis plus de 20 ans que vous travaillez sur ces sujets, quel regard portez-vous sur l’évolution des démarches RSE au sein des entreprises ?

Pendant longtemps, les entreprises ont cherché à réduire leurs impacts en améliorant leur efficacité énergétique, en utilisant davantage d’énergies renouvelables ou en optimisant leurs processus. Tout cela était nécessaire, mais nous sommes restés dans une logique d’amélioration continue.

Aujourd’hui, nous constatons que ces démarches ne suffisent plus. Les entreprises ont largement optimisé leurs modèles. Les gains marginaux existent encore, mais ils ne permettent pas de répondre aux défis climatiques, à l’érosion de la biodiversité ou à la raréfaction des ressources. Il faut désormais s’interroger sur la manière même dont nous créons de la valeur.

C’est précisément ce que propose ABBY, un outil que vous avez développé ?

Oui. ABBY permet à un comité de direction de mesurer l’écart entre ses pratiques actuelles et ce que seraient les pratiques d’une entreprise compatible avec les limites planétaires.

L’objectif n’est pas de produire un rapport supplémentaire. Il s’agit de permettre aux dirigeants de prendre conscience collectivement des transformations nécessaires et de définir leurs priorités d’action. ABBY est donc un outil d’aide à la décision stratégique.

Pourquoi avoir conçu cette démarche spécifiquement pour les comités de direction ?

Parce qu’un escalier se balaie par le haut ! Si le comité de direction n’est pas aligné sur ces enjeux, rien ne se passe réellement dans l’organisation. ABBY ne s’adresse donc pas à quelques collaborateurs ou managers intermédiaires. Ce sont les membres du Codir ou du Comex qui participent à l’exercice.

Nous travaillons avec des groupes de 20 personnes maximum afin de favoriser les échanges et la prise de décision collective.

Concrètement, comment se déroule ces séminaires ?

Le programme se déroule sur 2 sessions de 5 heures. Les dirigeants évaluent leur organisation à travers un référentiel complet couvrant la gouvernance, le modèle économique, les offres, les impacts environnementaux ou encore les indicateurs financiers et extra-financiers.

L’un des points clés est que les participants votent individuellement tout au long du parcours. Cela permet d’obtenir un véritable consensus et non un simple compromis imposé par la hiérarchie. À l’issue du séminaire, ils disposent d’une feuille de route claire sur les actions prioritaires à engager.

Vous avez choisi de déployer votre séminaire dans un format résidentiel avec Châteauform notamment. Pourquoi ?

Parce qu’il faut sortir les dirigeants de leur quotidien. Un comité de direction fonctionne dans un environnement extrêmement dense. Entre les réunions, les sollicitations et les urgences opérationnelles, il est difficile de prendre le recul nécessaire.

Le résidentiel permet ce temps long et cette disponibilité cognitive. Chateauform offre ce type d’environnement, avec des lieux conçus pour accueillir des séminaires de direction dans de bonnes conditions. Mais ce n’est pas une exclusivité. Les entreprises peuvent passer par Chateauform pour organiser le séjour, les nuits, les salles et la logistique, ou me contacter directement si elles souhaitent organiser ABBY dans un autre lieu. L’essentiel est de préserver le format résidentiel et l’intensité de l’expérience.

La mesure de l’impact est devenue une préoccupation majeure dans l’événementiel. Comment ABBY répond-il à cette attente ?

Nous intégrons bien sûr des indicateurs financiers et extra-financiers permettant de suivre les progrès réalisés. Mais je pense que beaucoup d’organisations passent aujourd’hui plus de temps à perfectionner leurs outils de mesure qu’à agir.

La mesure est indispensable pour suivre une trajectoire. En revanche, elle ne doit pas devenir un prétexte à l’inaction. Ce qui compte avant tout, c’est la transformation réelle du modèle économique.

Après plus de vingt ans de développement, quel bilan tirez-vous de la démarche ?

ABBY est un outil éprouvé. Il est né chez Bouygues il y a plus de vingt ans et a été utilisé à de nombreuses reprises dans de grandes organisations avant d’être ouvert plus largement au marché.

Aujourd’hui, les entreprises qui participent repartent avec une vision beaucoup plus claire de leur situation et des transformations à conduire. Et surtout, elles souhaitent généralement renouveler l’exercice quelques années plus tard pour mesurer les progrès accomplis et identifier leurs nouveaux défis.

Plus d’infos sur le séminaire ABBY : https://insight-to-ignite.lovable.app/#about

A lire également, son ouvrage élu Prix du Livre INfluencia – The Good 2021 : « L’entreprise contributive, concilier monde des affaires et limites planétaires« , Fabrice Bonnifet et Céline Puff Ardichvili, éditions Dunod.

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