9 juillet 2026
Temps de lecture : 4 min
Je suis en charge des achats des catégories événementielle, retail et activation, et je gère également la relation avec les responsables des événements de nos maisons, ainsi qu’avec les acheteurs dédiés au niveau des différentes régions. Mon rôle consiste à définir et piloter la stratégie achats depuis le siège parisien, tout en accompagnant les équipes dans nos principales régions, notamment les États-Unis, l’Europe, la Chine et le Japon. Nous avons une organisation hybride, avec trois acheteurs stratégiques au niveau central et plusieurs acheteurs opérationnels au sein des maisons et des principaux marchés. Cette organisation nous permet de construire une stratégie commune tout en restant au plus près des réalités de chaque pays.
En termes d’événements, les volumes sont très importants. Nous sommes présents dans près de 150 pays, ce qui représente plusieurs centaines d’événements par an. Nous ne communiquons pas sur les budgets, mais nous disposons en revanche d’une vision très précise de l’empreinte carbone de ces événements, qui est devenue un indicateur clé de pilotage.
Nous avons mis en place un panel d’une dizaine d’agences événementielles référencées au niveau mondial, mais aussi des panels par pays renouvelés tous les trois ans et que j’anime au niveau global, en coordination avec les acheteurs opérationnels et les équipes marketing. Ce référencement couvre plus de 80 % de nos besoins. Les critères de sélection sont clairs. La qualité d’exécution, la maîtrise des coûts et la durabilité. Nos événements sont des vitrines pour nos maisons. Ils doivent donc refléter une exigence très élevée, avec un sens du détail propre au luxe.
En parallèle, nous travaillons avec des panels de prestataires référencés par sous-catégorie, qu’il s’agisse des traiteurs, des prestataires techniques, de l’accueil ou encore des transports. Cette organisation permet d’apporter un cadre tout en laissant une marge de manœuvre lorsque des besoins spécifiques émergent, notamment selon les zones géographiques.
Oui, totalement. Chez Moët Hennessy, la durabilité constitue un axe stratégique majeur. Cette ambition se traduit notamment par le programme Living Soil Living Together, porté par les équipes en charge de la durabilité. Il s’articule autour de quatre grands piliers. La régénération des sols, la réduction de notre impact climatique, l’engagement auprès de la société et le développement des collaborateurs.
Le World Living Soil Living Forum, organisé tous les deux ans à Arles, illustre cette démarche en réunissant partenaires, chercheurs et experts autour des grands enjeux environnementaux. Il ne représente toutefois qu’une des nombreuses initiatives déployées dans le cadre de ce programme.
Côté achats, nous avons lancé le programme Purchase for Tomorrow qui est bien sûr décliné pour la catégorie événementielle. L’objectif est d’intégrer la durabilité dans toutes les décisions d’achat, dès la phase de brief. Concrètement, cela passe par des recommandations et guidelines dédiées aux événements écoresponsables, co-construites avec les équipes en charge de la durabilité, ainsi que par une grille d’évaluation intégrée dès l’appel d’offres. Les agences sont challengées très en amont sur ces critères, ce qui limite fortement les réticences.
Nous avons testé plusieurs solutions sur des projets pilotes. Climeet s’est distingué par sa facilité d’utilisation, son adaptation aux équipes marketing et sa capacité à impliquer les agences dans la collecte de données. Après un premier test sur une dizaine d’événements, nous avons progressivement élargi le périmètre.
En 2025, 28 événements organisés dans neuf pays ont été mesurés, représentant près de 19 000 participants et environ 1 500 tonnes de CO₂. Aujourd’hui, nous calculons également l’empreinte carbone d’événements d’autres maisons, notamment Krug, Veuve Clicquot ou Hennessy, ainsi que de nombreuses opérations organisées dans différents marchés, en Europe, en Asie et aux États-Unis. L’enjeu n’est pas seulement de mesurer, mais surtout de piloter. Climeet permet d’arbitrer en amont, par exemple entre différents choix de traiteurs, de transports ou de scénographies, exactement comme on le ferait avec un budget.
Oui, notamment au sein de Ruinart, qui est très avancée sur ces sujets. La maison utilise Climeet avant et pendant l’événement pour orienter ses décisions. Par exemple, le choix entre un menu carné ou végétarien, le recours à des véhicules électriques ou la limitation des transports aériens sont arbitrés en fonction de leur impact carbone.
Autre exemple, la réutilisation des décors. Ruinart a développé des éléments scénographiques institutionnels réutilisables d’un événement à l’autre. Cela suppose de penser la création sur plusieurs années et non plus événement par événement. C’est un véritable changement culturel, mais aussi un levier très efficace de réduction d’impact.
Il ne s’agit pas de faire des événements austères ou bas de gamme. Au contraire, le luxe dispose d’atouts forts, comme le recours à des matériaux nobles, durables et réutilisables. La clé réside dans l’anticipation. Cela passe par l’écoconception, le recours à des fournisseurs locaux pour limiter les transports et des formats plus régionaux plutôt qu’internationaux lorsque c’est possible.
Sur certains programmes, le nombre d’artistes a été réduit afin de privilégier des talents locaux. Sur d’autres, notamment dans le cadre de partenariats internationaux, des éléments de décor sont désormais stockés, par exemple en Belgique pour la Formule 1, afin d’être réutilisés plusieurs années de suite plutôt que recréés à chaque édition. Le transport représentant près de 80 % des émissions, chaque arbitrage compte.
Oui. Nous travaillons en coordination avec les autres maisons du groupe LVMH. Plusieurs d’entre elles étudient aujourd’hui l’adoption de Climeet afin d’harmoniser les méthodes de calcul. L’enjeu est de disposer d’une approche projet par projet, plus fine que des calculs globaux, tout en impliquant les équipes et les fournisseurs dans une logique d’amélioration continue.
La durabilité n’est plus un supplément d’âme. Elle fait désormais partie intégrante de notre stratégie achats et de notre exigence de qualité événementielle.
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