24 septembre 2026

Temps de lecture : 4 min

À l’étroit à Villepinte, SIAL Paris prépare son passage sur deux sites en 2028

Avec 8 000 exposants et près de 300 000 professionnels attendus en octobre, SIAL Paris affiche de nouveau complet. Une croissance qui pousse le géant de l’agroalimentaire à revoir son organisation dès 2028. Et derrière le défi événementiel, des enjeux de business et de commerce international pour toute une filière.

©Franck

Parfois les murs d’un salon doivent être poussés, mais pour SIAL Paris, cela ne suffira bientôt plus. Du 17 au 21 octobre, le grand rendez-vous international bisannuel de l’agroalimentaire organisé par Comexposium occupera 280 000 m² et 12 halls de Paris Nord Villepinte. Les organisateurs annoncent 8 000 exposants et près de 300 000 professionnels attendus, dont 70 % d’internationaux, venus de plus de 190 pays. 

L’événement affiche donc complet, comme en 2024, l’édition des 60 ans ayant déjà accueilli, selon le bilan de l’organisateur, 285 000 professionnels, en hausse de 8 %, et 7 500 exposants. Deux ans plus tard, 500 exposants supplémentaires sont annoncés et la surface atteint désormais 280 000 m².

Le site du Bourget pour voir plus grand

Sur ce point, Rodolphe Lameyse, CEO de la division Food & Beverage de Comexposium, ne cherche guère à masquer le problème. « On est un petit peu sous contrainte avec ce parc de Paris Nord Villepinte. […] Il n’y a pas un espace libre dans ce parc. » La saturation affecte aussi, reconnaît-il, « notre confort de visite, notre confort pour animer des rencontres, des masterclass et mettre mieux en valeur les produits ».

Le manque de place n’est ici pas qu’une formule. En effet, Paris Nord Villepinte dispose d’environ 244 000 m² dans ses neuf halls permanents. Pour atteindre les 280 000 m² annoncés en 2026, SIAL Paris investit déjà l’ensemble du parc et complète le dispositif avec trois halls provisoires.

Une réponse plus pérenne arrivera en 2028. « On fera plus grand », annonce Rodolphe Lameyse. Le principe est désormais acté, SIAL Paris occupera simultanément Paris Nord Villepinte et Le Bourget. « On va occuper les deux espaces, ce qui va faciliter la vie de nos exposants et celle de nos acheteurs », assure-t-il.

Le pari n’est pourtant pas sans risque. Exploiter deux parcs pour un même salon suppose de repenser les flux, les temps de déplacement et la répartition des secteurs. Les modalités précises n’ont pas encore été détaillées. L’amélioration progressive de la desserte du Bourget, avec l’arrivée programmée de la ligne 17 du Grand Paris Express, doit faciliter l’équation, avec à terme une liaison en métro entre les deux pôles évoquée par l’organisateur.

Ce changement d’échelle ne doit d’ailleurs pas seulement permettre de vendre davantage de mètres carrés. Jean-Gabriel Mollard, directeur du SIAL, explique que « cette expansion sur deux sites », au-delà d’absorber la croissance demandée par les entreprises, doit permettre de « mieux accueillir les gens » et de « continuer d’innover aussi dans nos formats et dans nos animations ».

Faciliter la mise en relation

Jean-Gabriel Mollard le formule très simplement. « Quand on a 300 000 personnes et 8 000 exposants, c’est important de savoir qui on a envie d’aller voir et pourquoi. ». Pour 2026, le SIAL fait donc évoluer ses outils de matchmaking. Exposants et visiteurs renseignent leurs centres d’intérêt afin de recevoir des recommandations et peuvent ensuite prendre rendez-vous avant le salon. « C’est un outil de préparation de visite », insiste son directeur.

Le dispositif se prolongera physiquement avec Meet & Match, nouvel espace réservé aux rencontres et aux rendez-vous business. Le numérique est ici moins pensé comme un substitut au salon que comme une manière d’en gérer le gigantisme.

Jean-Gabriel Mollard défend logiquement la valeur de la rencontre physique. Selon lui, les acheteurs internationaux viennent sur les salons « parce qu’ils veulent voir et goûter les produits, rencontrer les dirigeants, comprendre les innovations » et parce que « la confiance se construit en face-à-face ». Et la croissance enregistrée depuis 2024 montre au minimum que, dans cette filière, les acheteurs et les exposants continuent à se déplacer massivement.

« On ne gère pas seulement des mètres carrés »

Pour Comexposium, l’enjeu dépasse d’ailleurs le seul succès commercial du SIAL. Rodolphe Lameyse replace très directement le rendez-vous dans l’économie de la filière. « Lorsqu’on gère ce portefeuille, on ne gère pas seulement des mètres carrés, des visiteurs », explique-t-il. « On gère aussi un rendez-vous business majeur », mais également « un enjeu de souveraineté économique et de souveraineté alimentaire ».

Le contexte donne du poids au propos. La France a exporté pour 82,1 milliards d’euros de produits agroalimentaires en 2024. Plus de 650 exposants français sont attendus au SIAL cette année et, en surface, la France constitue le deuxième pays exposant derrière l’Italie et devant l’Espagne.

Rodolphe Lameyse insiste particulièrement sur le commerce extérieur français, qu’il juge « mis sous pression depuis une dizaine d’années ». Et assigne au salon un rôle assez précisément défini. « On ne va pas se substituer à la force politique, on ne va pas se substituer à la force syndicale. Par contre, on va être un agitateur de rencontres, d’idées et d’échanges. »

Faire vivre 280 000 m² avec de nouveaux formats

Cette ambition se retrouve dans l’évolution du contenu du salon. « Un salon, c’est avant tout un moment où on partage, c’est un moment où on vit », avance Jean-Gabriel Mollard.

L’édition 2026 multipliera donc les formats destinés à faire expérimenter l’offre plutôt qu’à simplement l’exposer. Street Lab, nouvel espace consacré à la street food, associera données de tendances, démonstrations culinaires et restauration. « Tout l’intérêt, c’est d’aller comprendre pourquoi [ces produits] sont là, pourquoi on les propose et à quelle tendance ça fait écho », explique le directeur.

Les 30 ans de SIAL Innovation s’accompagnera parallèlement d’une scénographie repensée, de SIAL Taste, où plus d’une centaine d’innovations pourront être dégustées, et de la nouvelle scène SIAL Live. Trois SIAL Summits traiteront également de l’alimentation dans un monde sous tensions, de la transformation de la chaîne de valeur par la technologie et l’IA et de l’alimentation personnalisée.

SIAL cherche même à prolonger son rôle hors des dates du salon. Avec SIAL Analytics, plateforme SaaS accessible sur abonnement, l’organisateur entend exploiter les données et tendances accumulées sur l’innovation alimentaire mondiale. Jean-Gabriel Mollard reconnaît que l’outil « peut paraître un petit peu éloigné » du métier traditionnel d’organisateur de salon. Mais il revendique précisément ce déplacement vers le contenu et l’information, considérés comme des outils permettant aux entreprises « d’anticiper le futur » et de piloter leur stratégie.

En 2026, SIAL Paris remplira donc une dernière fois Villepinte jusqu’à ses limites actuelles. Deux ans plus tard, son déploiement au Bourget lui donnera les moyens de poursuivre sa croissance. Mais aussi une équation événementielle autrement plus complexe à résoudre. Pour un salon qui se décrit lui-même comme le lieu « où la planète se rencontre », selon les mots de Rodolphe Lameyse, le prochain défi sera moins de faire venir toujours plus de monde que de préserver la qualité de ces rencontres en changeant d’échelle.

En résumé

Avec 8 000 exposants et près de 300 000 professionnels attendus en octobre, SIAL Paris affiche de nouveau complet. Une croissance qui pousse le salon de l’agroalimentaire à revoir son organisation dès 2028. Avec, derrière le défi événementiel, des enjeux de business et de commerce international pour toute une filière.

Allez plus loin avec Meet In

WHAT'S UP ? BY MEET IN

L'AGENDA PAR MYEVENTNETWORK

NOS BOOKS