23 avril 2026

Temps de lecture : 3 min

Avec l’internationalisation des événements, la dépendance à l’affrètement aérien s’accentue

Dans un secteur événementiel de plus en plus international, l'affrètement s'impose progressivement comme un outil logistique à part entière avec ses atouts réels et ses limites difficiles à ignorer.

Quand le Tournoi des Six Nations bat son plein, les stades ne sont pas les seuls endroits sous pression. Dans les coulisses, des centaines de vols privatisés s’organisent en quelques jours pour acheminer supporters, délégations et staff d’un pays à l’autre. Un ballet logistique qui est loin d’être réservé aux seuls événements sportifs.

Que ce soit pour des séminaires, des conventions, des opérations d’incentive, des lancements de produits, etc., l’affrètement aérien est une réalité de l’événementiel professionnel. Non pas comme un luxe réservé aux grands comptes et autres VIP, mais comme une réponse concrète face à des événements qui ne connaissent plus de frontières, et dont les publics sont parfois dispersés sur plusieurs continents.

La question n’est donc pas de savoir si l’avion privatisé a sa place dans un processus événementiel. Elle est de comprendre à quelles conditions il devient un outil pertinent et jusqu’où ses contraintes (économiques, environnementales et opérationnelles) en limitent l’usage.

Synchroniser des audiences mondiales

L’essor de l’affrètement tient d’abord à une transformation des formats. Les événements s’adressent désormais à des audiences dispersées sur plusieurs continents, avec des exigences de présence simultanée que les lignes régulières ne peuvent pas toujours absorber. Les réservations de groupe y sont souvent plafonnées à quelques dizaines de sièges, contraignant les organisateurs à répartir leurs participants sur plusieurs vols et à subir les aléas qui vont avec.

« On peut affréter pour tout type de groupe, dans n’importe quelle situation » explique Raphaël Balas, Group Charter Manager chez LunaGroup Charter, dont la clientèle couvre aussi bien les fédérations sportives que les agences événementielles et les tour-opérateurs. L’affrètement devient alors une solution de synchronisation permettant d’aligner les agendas, de réduire les temps de trajet et de simplifier la gestion de groupes qui peuvent dépasser 300 personnes sur un même vol.

Le vol privatisé comme outil d’expérience

Au-delà de la logistique pure, l’affrètement répond à une exigence croissante de maîtrise de l’expérience participant. Horaires choisis, aéroports adaptés, ambiance à bord personnalisée sont autant de leviers qu’une ligne régulière ne peut pas proposer. Dans certaines configurations, les participants peuvent rejoindre le lieu de l’événement le jour même et repartir dans la foulée, sans nuitée supplémentaire. Un « back to back » synonyme de gain de temps, qui se traduit directement en réduction de coûts annexes.

« Vous partez quand vous voulez, avec le nombre de passagers souhaité, et vous pouvez personnaliser l’expérience à bord » résume Raphaël Balas. Une flexibilité qui, pour certains formats événementiels, change la donne dans la conception même du programme.

Un marché porté par le sport, mais pas uniquement

En 2025, LunaGroup Charter a opéré 400 vols, sur une croissance tirée par trois segments : le sport, l’événementiel professionnel et le tourisme d’affaires. Le sport reste dominant, avec plus de la moitié de l’activité, dont le Tournoi des Six Nations cité plus haut. L’événementiel hors sport représente environ 30 %, une part en progression selon le spécialiste, à mesure que les agences intègrent l’affrètement dans leurs propositions dès la phase d’appel d’offres.

Selon LunaGroup, la Coupe du monde de football 2026 constitue déjà un temps fort structurant pour le secteur. Mais ce type d’échéance illustre aussi une fragilité car la demande est concentrée sur des fenêtres très courtes et peut s’emballer rapidement. « Lors des phases finales, la demande peut exploser en dernière minute » souligne Raphaël Balas.

Le prix du kérosène, variable d’ajustement impossible à ignorer

Evidemment, l’affrètement a un prix et ce prix dépend pour près d’un tiers du coût du carburant. Depuis les tensions géopolitiques récentes, les prix du kérosène ont connu des hausses significatives, capables de renchérir un vol d’environ 30 %. Une variable que les organisateurs ne maîtrisent pas, et qui peut suffire à remettre en question un projet. « Des clients ont préféré suspendre leurs réservations face à un climat jugé trop instable » indique ainsi le manager de LunaGroup.

Le gros angle mort environnemental

C’est l’éléphant dans la pièce. En effet, le transport aérien reste le premier poste d’émissions carbone d’un événement, pouvant représenter jusqu’à 90% de son empreinte CO2 lors de grands rendez-vous internationaux, et l’affrètement n’échappe pas à cette réalité. Si des alternatives existent, telles le train privatisé sur des distances courtes notamment, pour des déplacements internationaux impliquant des centaines de participants, l’avion reste souvent la seule option réaliste. « Si les entreprises prennent l’avion, c’est qu’il y a une contrainte logistique forte » argumente Raphaël Balas.

Dans un écosystème événementiel globalisé, la question du transport ne peut plus être traitée en bout de chaîne. Elle conditionne le choix des destinations, les formats retenus, les temporalités du programme, le nombre de participants, etc. L’affrètement aérien n’est certes pas une solution universelle, mais il est révèle des arbitrages que l’internationalisation des événements impose désormais à tous les acteurs de la filière.

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